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Le Griffisme

–  Comment naît le geste  –

LA PHILOSOPHIE DU GESTE

Le geste ne se décide pas. Il advient.

Je ne commence jamais une toile par un geste.

Je commence par chercher l’état intérieur qui rend le geste possible.

Avant d’intervenir dans la peinture, il y a une attente, une tension, parfois une émotion difficile à nommer. Il faut atteindre un certain accord entre ce que je ressens, ce que je vois et ce que la matière me propose.

Alors seulement le geste peut apparaître.

Je travaille debout, dans une relation physique avec la toile. Le corps accompagne le mouvement, le regard le suit, la main l’engage. Le geste peut être rapide ou retenu, ample ou incisif, mais il doit rester juste.

Il ne s’agit pas de laisser faire le hasard. Il s’agit de trouver le point où l’intention cesse de diriger et où quelque chose de plus instinctif peut prendre sa place.

Le moment irréversible

Lorsque l’outil rencontre la peinture encore humide, le temps change.

Il n’y a plus de distance entre l’intention et son inscription.

Une griffure, une incision, un retrait de matière transforment immédiatement l’équilibre de la toile. Le geste ne peut plus être repris. Il faut alors regarder, écouter ce que la peinture est devenue et accepter de poursuivre — ou de s’arrêter.

Cette irréversibilité impose une forme de vérité.

Elle interdit le geste décoratif.

Chaque intervention porte la responsabilité de l’instant où elle a été posée.

Le corps comme langage

Dans le Griffisme™, le corps n’est pas seulement l’instrument qui permet de peindre, Il participe à l’œuvre.

Le mouvement du bras, de l’épaule, la vitesse, la pression, l’amplitude, l’hésitation ou la détermination laissent leur empreinte dans la matière.

Le geste devient ainsi une forme d’écriture sans alphabet, de musique sans note.

Il ne décrit pas une émotion, Il en porte la trace.

C’est pourquoi deux gestes apparemment proches ne produisent jamais exactement la même chose. Chacun est lié à un instant particulier, à une énergie particulière, à un état intérieur qui ne se reproduira pas.

De l’intention à la révélation

Je ne cherche pas à imposer une forme à la peinture.

Je cherche plutôt à découvrir ce qui peut apparaître dans la rencontre entre la couleur, la matière et le mouvement.

À mesure que la toile se construit, certaines formes émergent, certaines tensions s’équilibrent, certaines présences deviennent perceptibles.

Le geste agit alors comme un révélateur.

Il ne montre pas nécessairement quelque chose qui existait auparavant.

Il ouvre une possibilité.

C’est dans cet espace d’incertitude que la peinture devient vivante.

L’instant où tout bascule

Il arrive qu’au cours de la création, quelque chose dépasse soudain la simple construction picturale.

Une émotion surgit – Le geste s’intensifie.

La peinture semble alors recevoir davantage que ce que j’avais inconsciemment cherché à lui donner.

C’est dans ces moments que je comprends pourquoi je peins.

Non pour reproduire une idée préexistante, mais pour découvrir, dans l’acte même de créer, quelque chose que je ne savais pas encore.

Le Griffisme™ trouve sa nécessité dans cet instant précis :

Quand un état intérieur rencontre un geste irréversible.

La peinture devient alors la mémoire visible de cette rencontre.

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